Je n'ai pas envie de me retrouver à l'état de larve (avec filet de bave incorporé) donc pas d'anxiolitique ce soir. Si je me pointe demain chez le psy en chantant à tue-tête avec des oisillons à paillettes me tournant autour de la tête, je crains que cela ne fasse mauvais genre.
Sans trop m'avancer (... en fait, si, en m'avançant beaucoup même...), mon opération devrait s'effectuer avant mars 2010. Quelque part, je n'arrive toujours pas à réaliser les implications. Pour l'instant, je ne vois que le côté "Je vais devoir passer quatre jours à l'hosto où mon père a passé les dix premières années de sa vie professionnelle et où il est encore bien connu, à me faire probablement charcuter par un de ses collègues, et avant cela, je dois également passer entre les mains d'un psychiatre dont il est l'ami et d'un nutritionniste dont il est encore plus proche que le psychiatre".
Ce que je crains en fait, c'est qu'il apprenne mes intentions. Si j'étais rationnelle, je n'aurais pas d'angoisse. Après tout, il ne s'est jamais vraiment occupé de moi et ce n'est pas maintenant qu'il cherche à m'effacer (moi, ma mère, mes frères etc) de sa vie qu'il va lever le petit doigt pour m'empêcher de me faire opérer. Mais j'imagine qu'une partie de moi espère encore et toujours retrouver son "papa" de l'époque de la maternelle, qui la réveillait le matin en ouvrant doucement la porte avec un "debout, choupon choupon, choupette !" et qui la prenait dans ses bras le soir devant la cheminée. Juste un signe de "reconnaissance" de mon existence. Je suis là, je vis. Reconnaissance qui s'est effilée et a finalement disparu, d'une manière tellement sournoise que je n'arrive même pas à replacer avec précision quand cela s'est exactement passé.
Je regarde régulièrement une vidéo sur YT indiquant le déroulement de l'opération (en images de synthèse, évidemment. Si je n'ai jamais eu le moindre problème à regarder l'intégrale des films Saw, je ne peux cependant pas visionner une intervention chirurgicale sans manquer de tomber dans les vapes. Même en regardant House MD, j'ai la nausée - c'est dire...), histoire d'essayer de réaliser. Mais cela reste tout de même très abstrait.
Je veux dire... L'opération en elle-même ne me fait pas peur. Je ne crains pas la cœlioscopie, je ne crains pas la réduction de mon estomac, la possibilité de ne jamais me réveiller (j'admets tout de même que cela me fait plaisir de savoir que mon grand frère - malgré les froides relations qui se sont installées entre nous - s'inquiète de ce qu'une opération aussi lourde peut causer. Mais je ne suis pas censée connaître les détails des discussions qu'il a avec notre mère donc bon...), les maladies nosocomiales en puissance ou les complications (du style effet dumpling ou bouchon dans l'appareil digestif).
Je ne réalise simplement pas l'idée de perdre beaucoup - et durablement - du poids. Surtout 60 kilos - moyenne de poids perdu (cela dépend évidemment des personnes, mais à mon âge - 23 ans - je devrais avoir de bons résultats).
60 kilos ? Non, je ne peux pas réaliser. 60 kilos, ça serait retrouver quasiment mon poids de petite fille de 9 ans (je dépassais les 80 kilos à mon arrivée en 6è.). Cela signifie aussi perdre quasiment la moitié de mon poids actuel - pour atteindre environ 70 kilos.
Pour fonctionner par comparaison, ça veut dire que je me retrouverai plus mince que Cyn (?!) et - je pense - presque aussi mince que Chlo (?!?!?!). Cela veut dire que lorsque l'on fera du e-shopping, je pourrai également commander des vêtements avec elles. Cela signifie également que je pourrai reprendre le sport - et me remettre notamment à la natation (que j'adore) sans avoir honte de me retrouver en maillot de bain, au tennis, au VTT sans avoir le derrière martyrisé par une selle inconfortable parce que trop petite, voire peut-être l'équitation (que j'avais abandonnée dès le collège parce que mon géniteur m'avait fait la délicate réflexion comme quoi mettre une gamine de mon poids sur un cheval relevait de la torture envers les animaux.)
Non, je n'arrive pas à réaliser. J'ai perdu trop de temps en régimes inefficaces pour croire encore en une telle chose. Je n'arrive pas à m'imaginer non-obèse. C'est la tendance, en ce moment (pléonasme ?), de parler d'identité à tout-va, moi je ne conçois pas la mienne sans mes dizaines de kilos en trop. Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été grosse. Comment me "ré-inventer" en quelque chose que je n'ai jamais été, avec un état que je n'ai jamais ressenti ? C'est probablement cela qui me fait peur. J'ai expérimenté beaucoup de sentiments, de sensations dans ma vie. Mais pas celle-ci. Et s'il y a bien quelque chose que je n'aime pas, c'est me retrouver en terrain inconnu sans rien ni personne pour m'aider. Un tel cheminement personnel m'effraie. J'ai peur de me retrouver à nouveau seule.
lundi 23 novembre 2009
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