samedi 10 janvier 2009

Cette année, c'est sinistrose.

Je me souviens, quand j'étais plus jeune (enfin, plus jeune que maintenant), ça allait mal. Tout allait toujours mal : crise sociale, guerre à l'extérieur, magouilles financières, scandales commerciaux, politicards foireux, chute du niveau scolaire, moral en baisse et antidépresseurs en hausse.

C'est vers mes dix ans que j'appris un mot via mes chers médias (à l'époque, c'était télé uniquement. Je comprenais un mot sur deux dans le Libé - pour peu que le sujet m'intéresse [à vrai dire, je ne consultais que les offres d'emploi - déjà - en espérant trouver une petite annonce du genre "Recherche gamine, dizaine d'années, yeux bleus, plutôt grosse, pour jouer premier rôle dans comédie romantique internationale avec comme partenaire Kim Rossi Stuart. Oscar et vie de princesse à la clef."] et il m'intéressait rarement.) - sinistrose. Ca a l'air moche, comme mot. C'est une maladie ? C'est contagieux ? Je fais comment pour m'en protéger ? Y'a un préservatif contre ça ?
Je me souviens également que, plus jeune, j'avais l'impression que les présentateurs télé fustigeaient ceux qui se laissaient aller à la moindre défaillance de bonheur en ce bas monde. "Qu'y sont cons, pourquoi qu'y sont-y pas heureux ? Allez, quoi, y'a des bébés ougandais qui crèvent de faim qui rêveraient de venir en France et voyez-vous-y pas que ces cons de Français, y sont pas heureux !"".

Aujourd'hui, en pleine non-effervescence de début d'année, je me demande si c'était vraiment nécessaire de créer ce mot pour désigner "simplement" une dépression. J'ai cogité pour essayer de comprendre (c'est une manie chez moi, cherchez pas. C'est un moyen comme un autre de procrastiner.) - et ma conclusion (qui vaut ce qu'elle vaut, c'est à dire pas grand chose) est qu'autant la dépression est (aux yeux du premier pélerin venu) un phénomène individuel, qui implique que c'est à soi-même que l'on doit s'en prendre pour régler le problème (cf. plus haut, c'est de ta faute si t'es pas content, azy, paie ton psychanalyste), autant la sinistrose est un phénomène "de masse", qui rassemble les gens (oui, je me répète), lesquels se disent que, bordel de dieu, c'est pas de notre faute si ça va mal mais aux chiens de capitalistes / politiques pourris qui font que se foutre de notre gueule / réchauffement climatique dû aux deux propositions précédentes (mais qui cause des hivers glaciaux. CQFD.) / la belle-mère / Autres [Rayez la mention inutile] . Et que selon sa gravité (à la sinistrose - suivez sinon vous allez vous perdre), elle pouvait faire voler en éclat le fragile petit pouvoir de ces magnifiques comiques (pour peu que l'on aime l'humour jaune du 15è degré), que l'on peut admirer partout, de l'Elysée au Zénith de Paris. Et ça, ça fait peur aux comiques sus-mentionnés. Lesquels gigotent soit pour nous dire que, vous inquiétez pas, tout va aller mieux, serrez-vous un peu la ceinture, on est près du but ! Ou que, effectivement, nous traversons une mauvaise passe, mais (et merci Coluche) serrez-vous la ceinture, et vous finirez par y être habitués !

'fin j'dis ça, c'est pas du tout parce que l'autre mégalomane spasmophile nous est imposé jusqu'à mi-2012 (la politique étant un des rares cas de vente en gros où la garantie n'est jamais incluse et où le client est assuré de l'avoir dans la fente réservée à cet usage) et que 2008 a atteint un taux de merdes personnelles tel que je doute que 2009 ne puisse pas la surpasser (vu comment ça commence).

Allez, hauts les coeurs et l'alcool (finir 2009 par une cirrhose aigüe et fatale reste mon but ultime désormais avoué.)