Monsieur donc, en réponse à votre article du 20 février 2007, dans le quotidien gratuit Metro, veuillez ne pas recevoir mes sincères félicitations.
Je considère, comme vous pouvez le constater, que cet étron est une injure aux - je vous cite - obèses (l. 6), poids lourds (l. 9), fessiers qui [prennent] deux places dans l'autobus, pour ne citer que ces charmantes dénominations.
Bien sûr, vous me direz que c'est votre vision du futur, exprimée à l'occasion du cinquième anniversaire de la création du quotidien sus-nommé, et dont le numéro (le n°1110) est consacré au 'Monde en 2012'.
Je vous répondrai franchement : votre statut de 'journaliste' ne vous donne pas le droit de descendre davantage une partie - qui ne cesse malheureusement d'augmenter - de la population, au même titre que vous ne traiteriez pas ainsi les séropositifs, ou les homosexuels, ou que sais-je encore, sous peine de vous voir vous faire coller un procès au cul (oops, I'm so not sorry - so much for courtesy...).
J'admets, si j'ai lu ce qu'il est convenu d'appeler votre 'chronique', c'est parce qu'elle se trouve sur les deux (seules) pages (n°18 & 19) qui éveillent en moi une once d'intérêt : coincé entre l'horoscope, les mots croisés et Garfield, votre 'article' était placé de manière à être lu par le plus grand nombre (je veux bien reconnaître que quand je veux lire un journal, j'hésite plutôt entre Libération, Le Monde, Le Canard Enchaîné etc. que Metro et 20 minutes. Beaucoup d'études le disent : les quotidiens gratuits sont très fiables quant à la qualité de leurs articles et sources, mais par atavisme français je suppose - et par esprit de contradiction j'imagine - je m'obstine à m'orienter vers la presse payante pour ma dose d'informations quotidienne.).
Permettez-moi donc de répondre moi aussi, via un média accessible et destiné à être lu par le plus de monde possible (je ne doute pas que mon blog figurera un jour parmi les plus courus de la toile - mais Rome ne s'est pas faite en un jour...).
Premièrement, votre thèse concernant l'embonpoint grandissant de mes compatriotes me choque, parce que vous ne cessez d'associer celui des français à celui de vos camarades états-uniens, et votre solution concernant la résolution de ce fléau prend le problème à l'envers : puisque les gros ne peuvent pas se réguler eux-mêmes, à la société de s'adapter à eux - et ce en transformant à nouveau un être humain en bon consommateur concon.
Je me demande si, à l'instar des Français, vous considérez l'obésité comme une maladie ou un mode de vie. Croyez-vous qu'il est réellement plaisant de savoir que l'on a des hanches largeur XXL, des cuisses en tronc d'arbre ? (je vous cite toujours).
Avez-vous jamais essayé de ressentir ce qu'un(e) obèse subit lorsque, passant dans la rue, il/elle voit des regards s'attarder sur son ventre dépassant [du] débardeur ?
Moi si, et pour cause.
Croyez-vous également, comme beaucoup de personnes, qu'une anomalie physique implique une défaillance mentale ? A moins que vous n'aimiez nous faire davantage culpabiliser, comme si le surpoids était une situation occasionnelle, qui ne vous prend pas à la gorge tous les jours...
Contrairement aux Etats-Unis, où les vêtements grandes tailles côtoient les jeunes filles minces, tout droit sorties du 'Rêve Américain', en France, de grands efforts sont faits pour limiter le surpoids (ne serait-ce que par les menus élaborés dans les cantines scolaires, les plats proposés en Restaurants Universitaires, mais également les nombreuses campagnes promouvant les fruits et légumes, j'en passe et des meilleures...), mais notre problème vient probablement du fait qu'on attend peut-être trop de volonté de la part des gros mangeurs. L'obésité est comparable à une drogue dure : il est aussi difficile de se débarrasser de mauvaises habitudes alimentaires sans aide extérieure qu'à arrêter de consommer de la cocaïne par simple volonté.
Je m'explique. Je me suis souvent pris des remarques telles que (et je préfère exprimer cela en euphémismes) "mange moins", "mange mieux", "fais du sport", "bois plus d'eau"...
- Manger moins ? Oui, sans doute. Mais une chose que semble oublier beaucoup de monde, c'est qu'un obèse, pour pouvoir se déplacer lui-même, utilise plus d'énergie qu'une personne normale. En outre, il semblerait que notre estomac soit déformé par l'abus de nourriture que l'on avale : plus gros, il réclame donc davantage à manger. L'image du cercle vicieux, vous connaissez ?
- Manger mieux ? Absolument d'accord. Mais, en bonne française que je suis, pour que je mange correctement, je dois être à table, et avoir le temps (le repas en France, relève davantage de l'art que de la bâfrerie). Or, étant étudiante, j'ai difficilement pu m'aménager une plage horaire de plus d'une demi-heure pour déjeuner (sans compter le fait que j'ai du mal à m'envoyer un repas salé passé 14h...); le Resto U de Tolbiac est en outre trop loin (surtout quand je n'ai qu'une demi-heure pour déjeuner - quand j'ai une demi-heure justement...), et la cafétaria propose des sandwiches - ils ne sont guère équilibrés, surtout si on rajoute de la sauce et tutti quanti (pour votre information, ce n'est pas mon cas - régime permanent oblige...).
- Faire du sport : Pourquoi pas. Mais le cœur d'un obèse est déjà largement mis à mal par l'effort demandé pour se déplacer : le jogging est donc hors de question (en outre, les chevilles morflent énormément, pour les mêmes raisons : les chevilles normales ne sont pas habilitées à supporter un poids trop important. Aucune articulation ne l'est.). D'après différents tests effectués par mes soins (c'est que j'en ai fait du sport mine de rien : 7 ans de gym, 4 de tennis, une année d'aikido, 3 de natation, 3 de squash, 3 de tir à l'arc, du VTT quand j'en ai l'occasion...), le meilleur sport reste la natation - activité qui, comme par hasard, vous fait vous sentir trois fois moins lourd. Maintenant, veuillez, s'il vous plaît, me trouver une piscine proche de chez moi, avec des plages d'horaires larges (je commence en moyenne à 8h30 et finis vers 18h tous les jours, et je dois passer 2h30 par jour dans les transports...), et pas trop chère (je reste étudiante, avec le budget qui va avec). D'avance, merci.
- Boire plus d'eau : depuis ma plus tendre enfance, on tient à me transformer en éponge. Oui, je bois, de l'eau, et beaucoup. Ca ne m'a pas tellement faite mincir en quinze ans, mais il paraît que ça aide au renouvellement des cellules - c'est toujours ça de pris.
Comprenez-moi, je ne cherche pas à être assistée. J'ai vécu pendant un an dans un pensionnat diététique, où tout était préparé de A à Z. Évidemment, j'ai détesté.
Non, ce que je veux, c'est un peu d'aide - un peu. Même pas : juste un peu de compréhension.
Se faire insulter n'a rien de gratifiant. Être fusillée du regard quand on prend une crêpe au sucre sur une terrasse parisienne avec une amie, par deux nymphette qui engouffrent du nutella à la gauffre (comprenez des gauffres au nutella, et où la gauffre semble superflue...) ne remonte pas particulièrement le moral non plus.
Aussi, quand je vois vos prédictions sur l'évolution de l'économie française, je ris ouvertement.
Les chips parfumées ? Déjà vu. Personnellement, je ne suis pas fan des biscuits apéritifs, et je n'aime pas le confis de canard (ce n'est pourtant pas faute d'aller visiter mes cousins à Toulouse). Dommage.
Les grands couturiers, créer des vêtements pour les mastodontes ? Quand on entend Karl Lagerfeld déclarer qu'une femme qui dépasse le 38 n'est plus une femme, lire ceci a le mérite de me faire sourire. Non Mr. Stanger, si jamais vous saturez les obèses de la rue, retournez voir des défilés de mode que votre statut de journaliste vous permet de couvrir (ou de découvrir, si j'ose m'exprimer ainsi...)
Les boutiques pour femmes superfortes ? Trop aimable de penser à nous. Êtes-vous jamais allé dans une de ces boutiques ? J'imagine que vous devez alors avoir le budget pour - moi, ce n'est pas le cas. Et il est rare que les vêtements qui y sont vendus soient mettables par des moins de cinquante ans.
Les twingos pour corpulents ? Puisque vous abordez le sujet, parlons-en des voitures. Je conduis une Punto (et pas une neuve) : le simple fait de constater que je ne suis pas adaptée à la place conducteur me motive dans mes efforts.
Les ascenceurs pour adipeux ? Admettez que pour monter neuf étages, vous ne seriez pas le premier à courir. Dès qu'il s'agit de grimper moins de quatre étages, je prends les escaliers (même si j'arrive souvent hors d'haleine en sortant) - je ne pense pas que beaucoup de 'non-adipeux' peuvent s'en vanter.
Pour conclure, comme vous-même en critiquant la réponse du gouvernement français comme vous l'imaginez : cela vaut toujours mieux que pas de réponse du tout. Aux USA, la santé est un luxe. En France, un souci constant.
Non monsieur, je ne crois pas que la situation empirera. D'abord parce que la responsabilisation augmente. Ensuite parce que, de par notre passé gastronomique, nous avons plus d'armes à notre disposition que vos compatriotes. Enfin, ne serait-ce que pour vous donner tort (l'opiniâtreté n'est pas l'apanage de Mr. Georges W. Bush).
Sans considération aucune, et veuillez ne plus polluer les journaux que je lis de votre plume nauséabonde.
Edit suite à une discussion avec Peach : voici l'article en question :

1 commentaire:
parfaitement envoyé !
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